Conte
fantastique

1946
Film français


PRINCIPAUX INTERPRETES




Jean Marais
(La Bête/Avenant/Le Prince)

Josette Day
(La Belle)

Mila Parely
(Félicie)

Nane Germon
(Adélaïde)

Michel Auclair
(Ludovic)


Marcel André
(Le père de Belle)


PHOTOS










 


 




HISTOIRE

Il était une fois un marchand ruiné qui vivait avec ses trois filles, Félicie, Adélaïde et la bonne et douce Belle. Son fils Ludovic, un chenapan, avait pour ami Avenant, amoureux de Belle. Un soir, le marchand s'est perdu dans la forêt et a volé, pour l'offrir à Belle, une des roses du domaine de la Bête, dont l'apparence est celle d'un grand Seigneur et dont le visage et les mains sont d'un fauve. Surpris par la Bête, le marchand aura la vie sauve à condition qu'une de ses filles consente à mourir à sa place. Le marchand peut alors rentrer chez lui sur un cheval blanc nommé "le Magnifique", auquel il suffit de dire à l'oreille : "Va où je vais, le Magnifique, va, va, va... ! " Pour sauver son père, Belle se rend chez la Bête où elle n'a pas le sort qu'elle attendait : la Bête, qui souffre de sa laideur, l'entoure de luxe et de prévenance. D'abord apeurée, les sentiments de Belle se transforment en pitié avoisinant l'amour. Mais le marchand est malade. La Bête finit par laisser Belle se rendre à son chevet sous promesse de revenir. Chez son père Belle excite par ses parures, la jalousie de ses soeurs, Felicie et d'Adélaïde. Dupée par leurs fausses larmes, Belle n'ose plus rejoindre le château. Poussés par les deux soeurs, Ludovic et Avenant se dirigent vers le domaine de la Bête pour s'emparer de ses richesses. Avenant y perdra la vie. Pendant ce temps, Belle est retournée au château pour trouver la Bête mourante : mais sous le regard d'amour de Belle, elle se change en un Prince Charmant qui s'envole avec elle vers son royaume magique...

 

SECRETS DE TOURNAGE

Ce film est la première véritable adaptation cinématographique du conte écrit en 1757 par Jeanne-Marie Leprince De Beaumont.
Cet écrivain, qui gagne sa vie en Angleterre comme gouvernante et éducatrice d'enfants de la bonne société, a l'idée d'écrire des contes pédagogiques faisant intervenir la féerie à des degrés divers pour mieux faire passer ses intentions moralistes. Le recueil intitulé "Le Magasin des enfants ou Dialogue d'une sage gouvernante avec ses élèves" , qui offre un panorama de l'histoire du monde, des leçons de géographie et de sciences naturelles, contient entre autres le conte le plus célèbre de Madame de Beaumont, "La Belle et la Bête" .

Jeanne-Marie Leprince De Beaumont, écrivain (1711-1780), auteur du célèbre conte.
Jean Cocteau, le réalisateur, scénariste et dialoguiste (1889-1963).

Jean Marais était mobilisé à l'époque mais Jean Cocteau obtint du général Leclerc une permission spéciale pour que l'acteur puisse tourner. Jean Marais devait en contre partie signer toutes les semaines une feuille de présence aux Invalides à Paris. Il rejoignit sa division en Allemagne à la fin du tournage.

JOSETTE DAY

'Inoubliable Belle"


De son vrai nom Josette Dagory (1914-1978), elle, commence une importante carrière d' actrice en 1919 à l'âge de 5 ans à l'époque du cinéma muet tout en suivant à partir de l'âge de 9 ans, une formation de petit rat de l'Opéra de Paris. Elle se marie en 1941 avec Marcel Pagnol . Il est alors patron de ses propres studios de cinéma avec qui elle tourne "Monsieur Brotoneau", "La fille du puisatier", "La prière aux étoiles" (film inachevé), "Arlette et l'amour"... Ils se séparent en 1944. Marcel Pagnol demande alors à Jean Cocteau de l'engager pour le rôle de la Belle. La rencontre est organisée autour d'un dîner chez Lili de Rothschild. Josette Day se présente au dîner toute bouclée, maquillée, apprêtée ; ce qui ne correspond pas à la vision de Jean Cocteau. Le costumier-décorateur du film, Christian Bérard l'emmene aux lavabos, lui trempe la tête, attache ses cheveux en chignon et la ramenant à table, s'exclame voici la Belle !" . Elle arrête sa carrière d'actrice en 1950 à l'âge de 36 ans pour se marier avec un riche homme d'affaire belge et se consacrer à des œuvres de bienfaisance.

Pour son rôle de "La bête", Jean Marais imaginait au départ une Bête à tête de cerf mais Christian Bérard lui démontra que la Bête devait effrayer, et ne pouvait être en conséquence un herbivore mais un carnivore. C'est finalement le chien de Jean Marais, Moulouk, qui servit de modèle à l'élaboration du masque de la Bête.
Le fameux masque fut confectionné par un grand perruquier parisien du nom de Pontet. Chaque poil était monté sur une toile de tulle divisée en trois parties que l'on collait sur le visage du comédien. Le maquillage, très pénible, prenait cinq heures chaque jour : trois heures pour le visage et une heure pour chaque main. Certaines dents furent recouvertes de vernis noir pour leur donner un aspect pointu, et les canines pourvues de crocs tenus par des crochets en or. Ainsi déguisé, Jean Marais put seulement se nourrir de purées et de compotes durant le tournage.
La chevelure seule a coûté à l'époque, 200 000 F !

Le monde de la Belle n'est pas photographié de la même façon que celui de la Bête. Les extérieurs du premier sont largement éclairés car réels. Et ses intérieurs sont influencés par les peintures des maîtres flamands et hollandais, surtout celles de Vermeer (1632-1675). Le monde de la Bête, sombre et mystérieux, se réfère quant à lui aux gravures de Gustave Doré (1832-1883), qui illustra notamment les contes de Perrault.

Les scènes de la maison de la Belle furent tournées au Manoir de Rochecorbon en Indre-et-Loire, et les extérieurs du château de la Bête au château de Raray près de Senlis.

Le film se tourna dans l'immédiate après-guerre (du 27 août 1945 au 11 janvier 1946), où les conditions de travail n'étaient pas des plus confortables. L'équipe connut notamment des difficultés à trouver de la pellicule et souffrit de la restriction d'électricité, des pannes de courant ou encore de l'absence de lumière de studio. Elle dépendait le plus souvent de la lumière du jour. Jean Cocteau insistait d'ailleurs pour filmer sous toutes les conditions dans le but d' "évoquer la beauté qui vient par hasard" . Lorsque la scène nécessitait plus d'éclairage, on utilisait des torches et des arcs de magnésium. Les déménageurs des décors travaillaient même souvent à la lumière des chandelles.

A l'époque du tournage, Jean Cocteau souffrait depuis plusieurs mois de graves affections de la peau qui ne s'arrangèrent pas sur le tournage. La lumière des projecteurs le blessait et le réalisateur travaillait avec un chapeau sur lequel il fixait un linge noir percé de deux trous pour les yeux. Un médecin exigea qu'on l'hospitalise au plus vite à Pasteur car il pouvait mourir sous quarante-huit heures d'un empoisonnement du sang. Jean Cocteau accepta et fut sauvé par une injection de pénicilline. Elle avait spécialement été importée de New York car il n'y en avait pas en France à cette époque. Le réalisateur tint tout de même à finir le film lui-même.

En pleine mode réaliste, "La Belle et la Bête" créa la surprise et remporta un immense succès. Jean Cocteau, qui signait ici son film le plus populaire, le définissait lui-même comme "un rêve dormi debout" . Il fût présenté au Festival de Cannes et remporta le Prix Louis Delluc en 1946.

L'AVIS DE "CIN & TOILES"

A ce jour, la meilleure adaptation du célèbre conte de Madame Leprince De Beaumont. Inoubliable Jean Marais dans ce triple rôle avec un maquillage très réussi pour l'époque. Un film poétique et féérique qui n'a rien perdu de son charme malgré les années. Les scènes dans le château sont magnifiques avec ces tableaux, statues et candélabres animés. Un chef d'oeuvre du cinéma français à ne surtout pas rater !!!!

 




Fiche technique



Réalisation, scénario et dialogues Jean COCTEAU
Conseiller technique René CLÉMENT
D'après le conte de Mme LEPRINCE DE BEAUMONT (Ecrit en 1757)
Directeur de la photographie Henri ALEKAN
Musique Georges AURIC
Maquillage Hagop ARAKELIAN
Directeur artistique Christian BÉRARD
Costumes ESCOFFIER et CASTILLO
Production André PAULVÉ
Distribution Discina
Durée 1 h 36


Jean Cocteau (au centre) et les acteurs sur le tournage.



Adaptation musicale à Broadway en 1994.

Version animée des studios Disney en 1991.


Adaptation revisitée pour la télévision à la fin des années 80 avec Linda Hamilton et Ron Perlman.