PORTRAITS

"Talentueux entrepreneur de gags, à l'échelle industrielle et internationale, Gérard Oury était un créateur de spectacles "haut de gamme". Il a permis de se foutre de la gueule des allemands, des cupides, des antisémites, et de porter l'idiot du village ou le naïf et rêveur aux sommets du box office. Car finalement, nous nous souvenons de qui avec nostalgie en revoyant les Oury? Bourvil. Forcément". ECRAN NOIR.FR



 

PHOTOS DE TOURNAGE


Le cerveau

La carapate


La folie des grandeurs


Les aventures de Rabbi Jacob

Le coup du parapluie

 

BIOGRAPHIE

Né le 29 avril 1919, Max Gérard Houry-Tannenbaum (il enlèvera le H plus tard) est élevé dans le culte de la beauté et de l'exception puisque sa mère, Marcelle Oury, journaliste à Paris Soir, est l'amie de peintres aussi célèbres que Dufi, Braque ou Foujita qui fera son portrait à l'âge de 8 ans. Une fréquentation assidue des artistes le mèneront en 1938 au Conservatoire. Élève de Mme Dussane, il rêve de théâtre et de grands rôles. Il les rencontre en entrant à la Comédie-Française. Il y joue entre autres Britannicus. Mais la guerre arrive . Avec sa compagne, la comédienne Jacqueline Roman, il s'enfuit d'abord en zone "libre", puis à Monaco. C'est dans la Principauté que naîtra, en 1942, sa fille unique, devenue célèbre sous le nom de Danièle Thompson, d'abord comme scénariste puis comme réalisatrice. Il part pour Genève où il poursuit une carrière de comédien de théâtre. Revenu à Paris à la Libération, il brûle les planches du Boulevard et fait des apparitions au cinéma. D' Antoine et Antoinette de Becker à Duguesclin, où il joue Charles V, auprès d'un autre débutant qui s'appelle Louis de Funès, Gérard Oury tente d'imposer un physique. Ni vraiment jeune premier, ni tout à fait second rôle de caractère, il ne fait que traverser les histoires des autres en pratiquant son métier de comédien. Mais, déjà, il pense à autre chose : raconter ses propres histoires, inventer son univers. Il commence à écrire des scénarios qui deviennent Babette s'en va-t-en guerre, avec Brigitte Bardot ou Le Miroir à deux faces, d'André Cayatte, où il fait le procès très romanesque de la chirurgie esthétique. Lors du tournage de ce film, il retrouve Michèle Morgan, une ancienne élève du Conservatoire dont il était tombé amoureux et découvre également le talent de Bourvil qui interprète un petit prof médiocre et jaloux. Lentement, l'auteur va devenir un créateur quand il passe à la réalisation en 1959 avec La Main chaude, La Menace ou Le crime ne paie pas, film à sketchs qui adapte les bandes dessinées de France Soir. Ce sont là des films d'un metteur en scène qui cherche sa voie. Le genre de ses premiers films ne lui permet pas encore d'affirmer un talent original.


Gérard Oury et Michèle Morgan avec qui il formera un couple uni pendant 40 ans jusqu'à la fin de sa vie.

Gérard Oury et sa fille Danièle Thompson, scénariste, issue de son union avec Jacqueline Roman.

Puis, en 1964, Gérard Oury a une idée de génie : associer le comique de deux comédiens qu'il connaît bien, Bourvil et de Funès, le maladroit lunaire et le parano surexcité. L'un et l'autre s'étaient déjà croisés devant une caméra, mais Oury va plus loin, il les associe pour fabriquer un tandem qui joue sur l'opposition de deux tempéraments opposés et finalement complémentaires. Le Corniaud a inventé une nouvelle forme de comédie. Entre Paris et l'Italie, ses vedettes se poursuivent, les décors sont choisis, la direction d'acteurs est précise et la petite comédie de caractères passe au niveau du grand spectacle farfelu. On s'amuse dans le luxe et sans vulgarité. Le public ne s'y trompe pas, et le film est un énorme succès au box-office. Deux ans après, toujours assisté de sa fille, Danièle Thompson, comme scénariste, il récidive, en plus grand, en plus fort avec La Grande Vadrouille. Avec l'Occupation pour toile de fond, le film comique prend des dimensions d'épopée. Avec plus de 17 millions d'entrées en salles et des records d'audience à la télévision, la randonnée tragi-comique de Bourvil et de Funès devient un phénomène et peut s'inscrire au Livre des records.

Il voit encore plus grand et plus coûteux en 1968 quand il s'inspire du hold-up du train Glasgow-Londres pour concocter les péripéties du Cerveau avec Belmondo, Bourvil et David Niven. On critique ses trop grandes ambitions et on lui reproche d'avoir abandonné son duo pour l'élargir à une affiche très commerciale. Il promettait de le réunir à nouveau en 1971, mais la disparition de Bourvil l'en empêche. La Folie des grandeurs, version comique de Ruy Blas, lui substituera Yves Montand, valet maladroit du grincheux de Funès. La mise en scène est toujours soignée, les gags se multiplient. Entre le strip-tease d'Alice Sapritch et le mouchoir qui traverse la tête de De Funès pour lui nettoyer les oreilles, autant de scènes d'anthologie... Gérard Oury, grand artisan de la comédie, est à son zénith. Des critiques se déchaînent mais le public remplit les salles. Avec Les Aventures de Rabbi Jacob, son dernier film avec de Funès. Cette comédie qui rappelle les origines juives du cinéaste est en fait un efficace pamphlet antiraciste qui séduit à nouveau le public. Et comment oublier Louis De Funès englué dans une pâte à chewing-gum essayant d'échapper à des terroristes arabes ? Certes, Gérard Oury ne renouvèlera pas le même succès avec La Carapate qui réunit les deux compères de cabaret Pierre Richard et Victor Lanoux. Mais il se cache encore derrière les gags (ici, par exemple, un siège de voiture à coulisses) pour transformer les événements de Mai 68 en théâtre d'une nouvelle petite vadrouille.

Une polémique éclate au grand jour à la sortie de L'As des as, en 1982, quand un groupe d'intellectuels lui reproche de faire de l'ombre à Une chambre en ville, de Jacques Demy. Une querelle ridicule mais significative qui remet le cinéaste à une place qu'il ne mérite pas. Peut-on croire que remplir une salle soit un «détournement de spectateurs» ? Gérard Oury sortira indemne de ce malentendu programmé. Mais ses films suivants, comme La Vengeance du Serpent à plume avec Coluche ou Levy et Goliath, n'auront plus le même succès ; alors, le réalisateur à l'aube de ses 70 ans concocte Vanille-fraise, qui s'inspire de l'affaire du Rainbow Warrior, et essaie encore de mêler le comique et événement, sourires et gravité, divertissement et message. Malgré Pierre Arditi et Sabine Azéma, le film a du mal à se faire une place au box office. La Soif de l'or, sorti en 1993, malgré la présence de Christian Clavier, auréolé par le succès des Visiteurs, ne rencontre pas le succès escompté. Depuis, il se fait rare et ne tourne que deux films : Fantôme avec chauffeur en 1995, où il réactualise le duo d'acteurs, en confiant à Philippe Noiret et à Gérard Jugnot les rôles principaux, puis une nouvelle version du Schpountz de Pagnol en 1999, dans lequel il aborde les sujets du racisme et de l'intolérance.

Auteur également d'une pièce de théâtre ("Arrête ton cinéma", 1977), Gérard Oury a publié son autobiographie en 1988, intitulée "Mémoires d'éléphant".

Fait commandeur de la Légion d'honneur par François Mitterrand en 1991,Gérard Oury est également élevé au rang de Grand officier de l'Ordre National du Mérite le 20 septembre 2002 par Jacques Chirac. Il a reçu un César d'Honneur en 1993 et a été élu à l'Académie des Beaux-arts en mars 2000.


Gérard Oury lors de son élection à l'Académie des Beaux-Arts au fauteuil de René Clément.

Gérard Oury en compagnie de Jacques Chirac qui lui remet la médaille de Grand Officier de l'Ordre National du Mérite en 2002.

En 2001, le Festival de Cannes lui a rendu hommage : , le président du Festival, Gilles Jacob, lui a remis le "Trophée du Festival".

Le roi de la comédie à la Française nous a quitté le 20 juillet 2006 de mort naturelle à l'âge de 87 ans dans sa maison de St Tropez dans le Var.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE


1959 La main chaude
1960 La menace
1961 Le crime ne paie pas
1964Le corniaud
1966 La grande vadrouille
1968 Le cerveau
1971 La folie des grandeurs
1973 Les aventures de Rabbi Jacob
1978 La carapate
1980 Le coup du parapluie
1982 L'As des As
1984 La vengeance du serpent à plumes
1986 Lévy et Goliath
1989 Vanille fraise
1993 La soif de l'or
1996 Fantôme avec chauffeur
1999 Le Schpountz


"Le cerveau"


"La vengeance du serpent à plumes".

 



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